Amortir son matériel d'artiste : mode d'emploi

Vous venez d'acheter un ordinateur, une presse de gravure ou un nouvel appareil photo. Au régime de la déclaration contrôlée, ce type d'achat ne se déduit pas forcément en une fois : s'il dure plusieurs années, son coût est étalé sur sa durée d'utilisation. C'est l'amortissement. Il est moins intimidant qu'il n'y paraît, et bien le tenir évite d'oublier des déductions année après année.

Charge ou immobilisation : le seuil de 500 € HT

Une dépense courante (matériaux, loyer, abonnement) est une charge : elle se déduit l'année où vous la payez. Un bien que vous allez utiliser pour votre activité pendant plusieurs années est une immobilisation : son prix est réparti sur sa durée d'usage.

L'administration admet une simplification : le petit matériel, l'outillage, le mobilier de bureau et les logiciels dont le prix unitaire ne dépasse pas 500 € hors taxes peuvent être déduits immédiatement, en ligne 19 « Petit outillage » de la 2035-A. C'est une faculté, pas une obligation : vous pouvez aussi les amortir. Si vous choisissez la déduction immédiate, vous n'avez pas à les inscrire au registre des immobilisations.

Trois précisions importantes :

Le principe de l'amortissement linéaire

L'amortissement linéaire est le plus simple et le plus utilisé par les artistes-auteurs : le coût du bien est divisé en parts égales sur sa durée d'usage. Chaque part annuelle s'appelle une dotation (ou annuité) et vient s'ajouter à vos dépenses de l'année.

L'amortissement dégressif, plus rapide au début, est admis pour les titulaires de BNC au régime de la déclaration contrôlée, pour certains biens d'équipement acquis neufs et d'une durée d'utilisation d'au moins trois ans (article 39 A du CGI), mais il complique le suivi et n'apporte en général qu'un décalage dans le temps.

Quelle durée d'amortissement choisir ?

Il n'existe pas de barème officiel : la durée retenue doit correspondre à la durée normale d'utilisation du bien, selon les usages de la profession. Voici, à titre indicatif, les durées couramment pratiquées :

BienDurée usuelleTaux linéaire
Ordinateur, tablette graphique, imprimante3 ans33,33 %
Appareil photo, objectifs, matériel vidéo et son3 à 5 ans33,33 % à 20 %
Four à céramique, presse de gravure, machines-outils5 à 10 ans20 % à 10 %
Véhicule4 à 5 ans25 % à 20 %
Mobilier d'atelier (tables, rayonnages, meubles à plans)10 ans10 %
Agencements et travaux d'atelier10 ans10 %

Ces durées ne sont pas fixées par un texte : l'administration peut remettre en cause une durée manifestement plus courte que la durée réelle d'utilisation du bien. Une fois la durée fixée, gardez-la jusqu'au bout pour ce bien. Si un équipement se compose d'éléments à durée de vie très différente (un four et ses résistances, par exemple), la notice de la 2035 rappelle que chaque composant important doit avoir son propre plan d'amortissement.

Le prorata temporis de la première année

La première année, l'amortissement ne court qu'à partir de la date de mise en service. La fraction d'année se calcule en jours. En pratique, on retient couramment une année conventionnelle de 360 jours (12 mois de 30 jours), en comptant le jour de mise en service : c'est la convention utilisée dans les exemples ci-dessous. La dernière année reçoit le solde, de sorte que le total amorti est exactement égal au prix du bien.

Exemple chiffré complet

Vous êtes illustratrice, non assujettie à la TVA. Le 15 avril 2026, vous achetez un ordinateur 1 800 € TTC, utilisé uniquement pour votre activité. Vous retenez une durée de 3 ans.

  1. Base amortissable : 1 800 € (TTC, puisque la TVA n'est pas récupérée).
  2. Annuité pleine : 1 800 / 3 = 600 € par an.
  3. Prorata 2026 : du 15 avril au 31 décembre, on compte 16 jours en avril (du 15 au 30) puis 8 mois de 30 jours, soit 256 jours. Dotation 2026 : 600 x 256 / 360 = 426,67 €.
  4. Années suivantes : 600 € en 2027 et en 2028, puis le solde en 2029.
AnnéeDotationAmortissements cumulésValeur nette comptable
2026426,67 €426,67 €1 373,33 €
2027600,00 €1 026,67 €773,33 €
2028600,00 €1 626,67 €173,33 €
2029173,33 €1 800,00 €0,00 €

Chaque année, la dotation s'ajoute à vos charges et réduit d'autant votre bénéfice imposable, donc aussi l'assiette de vos cotisations sociales. Le jour où vous payez l'ordinateur, vous ne déduisez rien d'autre : c'est la dotation qui fait le travail.

Le registre des immobilisations

Au régime de la déclaration contrôlée, vous devez tenir, à côté du livre des recettes et des dépenses, un registre des immobilisations et des amortissements. Pour chaque bien, il indique :

Les biens affectés par nature à votre activité (une presse, un four) doivent obligatoirement y figurer. Un bien qui pourrait servir aussi dans la vie privée (une voiture, un ordinateur) peut y être inscrit par choix, avec pour conséquence l'imposition de la plus-value éventuelle à sa revente.

Comptart tient ce registre pour vous dans la formule Artiste : vous saisissez le bien, sa date, son prix, sa durée et sa part professionnelle, et la dotation linéaire, prorata compris, est calculée puis ajoutée au bilan de chaque année.

Où reporter l'amortissement sur la déclaration

Le registre se recopie dans le tableau « Immobilisations et amortissements » de la déclaration 2035 elle-même (cadre B de la page 3) : une ligne par bien, avec la date, le prix total payé TVA comprise, la TVA déduite, la base amortissable, le taux, les amortissements antérieurs (colonne 6) et ceux de l'année (colonne 7).

Le total de la colonne 7 (diminué, le cas échéant, des amortissements des véhicules pour lesquels vous appliquez le barème kilométrique) donne la dotation nette de l'année, à reporter sur l'annexe 2035-B, ligne 41 « Dotation aux amortissements » (case CH). Elle vient en déduction de l'excédent des recettes sur les dépenses calculé sur la 2035-A. Notre guide de la déclaration 2035 détaille l'ensemble du parcours.

Cas particuliers

Le véhicule

Si votre voiture est inscrite au registre et que vous déduisez vos frais réels, vous l'amortissez comme tout autre bien, mais l'amortissement d'une voiture de tourisme est plafonné. Pour une voiture immatriculée depuis mars 2020 et acquise depuis 2021, la base fiscale est limitée à 30 000 € (moins de 20 g de CO2 par km), 20 300 € (de 20 à 49 g), 18 300 € (de 50 g à moins de 160 g) ou 9 900 € (au-delà). L'excédent est réintégré en ligne 36 de la 2035-B. Si vous optez pour le barème kilométrique, celui-ci couvre déjà l'amortissement : vous ne déduisez plus de dotation pour le véhicule (voir les frais déductibles).

L'usage mixte

Un appareil photo qui sert à 75 % à votre activité et à 25 % en famille s'amortit sur sa seule part professionnelle. Acheté 2 400 € TTC le 1er octobre 2026 et amorti sur 3 ans, il donne une base de 1 800 € et une première dotation de 600 x 90 / 360 = 150 €. Notre guide sur l'usage mixte explique comment fixer et justifier ce pourcentage.

La revente ou la mise au rebut

L'année où le bien sort de votre activité, la dotation est normalement calculée jusqu'à la date de sortie (prorata temporis), puis on compare le prix de cession à la valeur nette comptable. Reprenons l'ordinateur de l'exemple, revendu 600 € le 1er juillet 2028 : la dotation 2028 est de 600 x 180 / 360 = 300 €, la valeur nette tombe à 473,33 €, et la plus-value est de 126,67 €. Elle est à court terme (elle ne dépasse pas les amortissements pratiqués) et s'inscrit au cadre C de la 2035 puis en ligne 35 de la 2035-B (case CB). Si votre activité est exercée depuis au moins cinq ans, cette plus-value est exonérée en totalité lorsque la moyenne de vos recettes hors taxes des deux années civiles précédentes n'excède pas 90 000 €, et partiellement entre 90 000 € et 126 000 € (article 151 septies du CGI) : seule la fraction non exonérée est alors portée en ligne 35. Le prix de revente ne s'inscrit pas en recettes.

Si le bien est jeté, cassé ou volé sans indemnité, la valeur nette restante constitue une moins-value à court terme, déductible en ligne 42 de la 2035-B (case CK).

Vos propres œuvres

Les œuvres que vous créez ne s'amortissent pas. Ce ne sont pas des biens achetés, mais le fruit de votre travail : les matériaux et les frais engagés pour les réaliser ont déjà été déduits l'année de leur paiement, et le prix de vente sera une recette le jour où il sera encaissé. Les œuvres que vous gardez pour votre fonds d'atelier n'ont donc pas à être inscrites au registre des immobilisations. De même, une œuvre d'un autre artiste que vous achetez n'est en principe pas amortissable : l'administration considère que la plupart des œuvres d'art ne se déprécient ni avec l'usage ni avec le temps.

Sources

Autres guides