Comment tenir sa comptabilité d'artiste-auteur au réel

Au régime de la déclaration contrôlée, vous êtes imposé sur votre bénéfice réel : vos recettes moins vos dépenses professionnelles. En contrepartie, vous devez pouvoir prouver chaque chiffre. Un artiste-auteur n'a pas besoin pour autant d'une comptabilité d'entreprise commerciale : la loi demande deux documents, des justificatifs bien rangés et de la régularité. Voici ce qui est obligatoire, ce qui ne l'est pas, et une méthode mois par mois pour arriver au printemps avec une 2035 presque remplie.

Ce que la loi exige : deux documents

L'article 99 du Code général des impôts fixe les obligations comptables de la déclaration contrôlée :

Aucun des deux n'a de forme imposée ni besoin d'être visé ou paraphé (BOFiP, BOI-BNC-DECLA-10-20, § 40 et § 440). Cahier, tableur ou logiciel conviennent, pourvu que le document soit sincère et exploitable. La doctrine cite des comptabilités écartées par les juges : agenda tenu au crayon, enregistrements faits tous les dix jours, simple total annuel, feuilles volantes. Les blancs, ratures et surcharges peuvent aussi faire présumer une comptabilité irrégulière.

Si vous hésitez encore avec le micro-BNC, qui dispense de ces documents, notre guide Micro-BNC ou déclaration contrôlée fait la comparaison chiffrée.

Une comptabilité de caisse : seul le paiement compte

Le bénéfice se calcule par principe sur les recettes encaissées et les dépenses payées pendant l'année civile (article 93 du CGI). La date qui compte est celle à laquelle l'argent entre ou sort, pas celle de la facture :

L'article 93 A du CGI permet d'opter pour une comptabilité « créances acquises, dépenses engagées », avant le 1er février de la première année concernée, avec un état des créances et des dettes à joindre chaque année (BOI-BNC-BASE-20-10-20). Pour la plupart des artistes-auteurs, cette option complique tout sans rien apporter : ce guide suppose que vous restez en comptabilité de caisse.

Le livre-journal : quoi noter

Pour chaque recette

La date, le montant, la forme du versement (virement, chèque, espèces, paiement en ligne) et l'identité déclarée par le client (BOI-BNC-DECLA-10-20, § 10 et § 30), ainsi que la nature de la prestation : vente d'œuvre, cession de droits, atelier, conférence (§ 90). Un total global en fin de journée ne suffit pas, et avoir un seul client ne dispense pas du détail. Deux tolérances existent :

Pour les droits d'auteur précomptés, inscrivez le montant brut, avant retenue des cotisations par le diffuseur : ces cotisations se déduisent ensuite parmi vos charges sociales. Le guide Déclaration 2035 : remplir chaque ligne détaille ce point.

Pour chaque dépense

La date du paiement, le fournisseur, la nature de la dépense (« loyer atelier octobre »), le montant et sa part professionnelle, le moyen de paiement, et la ligne de la 2035 où elle finira. Classer dès la saisie évite le tri de fin d'année : notre guide des frais déductibles de l'artiste-auteur donne la ligne de chaque famille de frais, et celui sur l'usage mixte et l'atelier à domicile explique le calcul de la part professionnelle. Si vous utilisez le barème kilométrique, les frais qu'il couvre (carburant, entretien, assurance) ne figurent pas en plus dans le livre-journal (§ 120).

Le registre des immobilisations

Le matériel durable de plus de 500 € hors taxes (ordinateur, appareil photo, presse, four, véhicule) s'inscrit au registre avec, pour chaque bien (§ 450) : la date d'acquisition et de mise en service, la nature et le prix de revient, l'amortissement de chaque année, puis le prix et la date de cession le jour où vous le revendez. Un bien utilisé en partie à titre privé porte la mention « affecté partiellement à l'exercice de la profession ». Le calcul est expliqué dans notre guide Amortir son matériel d'artiste.

Les justificatifs : quoi garder et combien de temps

Le livre-journal ne vaut que par les pièces qui le prouvent : factures, tickets, notes de droits d'auteur, relevés des organismes de gestion collective et de l'Urssaf, contrats, relevés bancaires, bordereaux de remise de chèques. L'administration peut vous demander de les présenter (article 98 du CGI).

Ils se conservent dix ans (article L102 B du Livre des procédures fiscales) : à compter de la dernière opération inscrite pour le livre-journal et le registre, à compter de leur date d'établissement pour les pièces. Ce délai était de six ans jusqu'à la loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (article 36), qui l'a porté à dix ans pour tous les documents dont l'ancien délai de six ans expire après le 1er janvier 2027, c'est-à-dire en pratique pour les pièces établies depuis 2021. Il va bien au-delà du délai pendant lequel l'administration peut normalement rectifier votre impôt, jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au titre de laquelle il est dû (article L169), et couvre les cas où ce délai de reprise est porté à dix ans. Gardez donc tout ce qui concerne 2026 au moins jusqu'à fin 2036. Le Code de commerce (article L123-22) prévoit lui aussi dix ans pour les commerçants, mais c'est désormais la règle fiscale elle-même qui vous l'impose.

Un mot sur les photos de reçus. La loi permet de conserver sous forme numérique une pièce reçue sur papier. Pour les factures, la numérisation doit respecter des conditions techniques précises (article A102 B-2 du LPF) : fichier PDF, reproduction à l'identique sans retouche de l'image, cachet serveur, signature électronique ou empreinte numérique, horodatage, et procédure documentée. Pour les autres pièces (tickets, reçus), les textes ne précisent pas les conditions de numérisation : rien ne permet de penser qu'elles seraient plus souples. Une simple photo prise au téléphone ne remplit pas ces conditions, et une facture numérisée non conforme doit être présentée en papier. Le plus prudent : traitez la photo comme un outil de travail et gardez aussi l'original papier, rangé par mois. Une facture reçue directement en PDF est déjà un original numérique : gardez le fichier tel quel.

Faut-il un compte bancaire dédié ?

Aucun texte n'impose à l'artiste-auteur en déclaration contrôlée un compte réservé à son activité. L'obligation souvent citée, celle de l'article L613-10 du Code de la sécurité sociale, vise les travailleurs indépendants relevant du régime micro-social (article L613-7), c'est-à-dire les micro-entrepreneurs, après deux années civiles consécutives au-delà de 10 000 € de chiffre d'affaires. Celle de l'article L123-24 du Code de commerce vise les commerçants. Les artistes-auteurs relèvent d'un régime social distinct et ne sont visés par aucune des deux.

C'est pourtant le meilleur conseil de ce guide. Un compte séparé, même un simple second compte courant, transforme votre relevé en liste quasi complète de vos opérations professionnelles : le rapprochement mensuel devient une formalité, et en cas de contrôle vous n'avez pas à expliquer vos courses ou vos vacances. Sans lui, la méthode ci-dessous fonctionne, il faut seulement repérer les opérations professionnelles parmi les autres.

La routine mensuelle type

Le livre-journal se tient au jour le jour : saisissez au fil de l'eau et gardez un rendez-vous mensuel d'une demi-heure pour vérifier.

Au quotidien, en deux minutes

Une fois par mois, en trente minutes

  1. Récupérez vos relevés : banque, et PayPal ou plateforme de vente s'il y a lieu.
  2. Faites le rapprochement bancaire (méthode ci-dessous).
  3. Récupérez les factures manquantes : pour les abonnements et achats en ligne, téléchargez-les depuis vos espaces clients pendant que vous vous en souvenez.
  4. Vérifiez les catégories et les parts professionnelles des dépenses mixtes.
  5. Repérez le matériel de plus de 500 € HT à inscrire au registre, avec sa date de mise en service.
  6. Suivez les droits d'auteur en attente : ils ne seront des recettes qu'une fois encaissés, mais vous saurez quoi réclamer.
  7. Fermez l'enveloppe du mois avec le relevé, et notez dessus le mois et l'année.

Une fois par trimestre

Regardez votre bénéfice depuis janvier, pour anticiper impôt et cotisations, et faites un export de votre comptabilité et de vos justificatifs, hors de l'outil que vous utilisez. Les échéances déclaratives sont rassemblées dans notre calendrier fiscal de l'artiste-auteur.

Le rapprochement bancaire, pas à pas

Rapprocher, c'est comparer le relevé et le livre-journal. Le but n'est pas d'obtenir le même solde (le compte mêle souvent privé et professionnel), mais de vérifier que rien ne manque et que rien n'est compté deux fois.

  1. Cochez sur le relevé chaque opération professionnelle retrouvée dans le livre-journal, au même montant et à une date proche.
  2. Pour chaque opération professionnelle non cochée, créez la ligne manquante et retrouvez sa pièce. Frais bancaires, prélèvements d'abonnements et virements des organismes de gestion collective sont les oublis les plus fréquents.
  3. Repérez dans le livre-journal les lignes absentes du relevé : espèces, chèque pas encore déposé, carte d'un autre compte. Vérifiez qu'elles sont justifiées.
  4. Comparez les totaux du mois, recettes d'un côté, dépenses de l'autre : l'écart doit s'expliquer entièrement par les lignes de l'étape 3.

Exemple : en mars, le relevé montre 2 340 € de recettes professionnelles et le livre-journal 2 520 €. Les 180 € d'écart sont des tirages vendus en espèces lors d'une portes ouvertes, notés avec leur brouillard de caisse : le rapprochement est bon. Un écart inexpliqué signale souvent une saisie en double ou un montant mal recopié.

La fin d'année et la préparation de la 2035

Avec la routine mensuelle, la clôture prend une soirée :

La 2035 se dépose obligatoirement en ligne au printemps. Notre guide Déclaration 2035 de l'artiste-auteur la suit ligne par ligne.

Organismes de gestion agréés et viseurs fiscaux : où en est-on ?

Longtemps, ne pas adhérer à une association de gestion agréée, ni passer par un expert-comptable conventionné (« viseur fiscal »), entraînait une majoration de 25 % du bénéfice imposable. Réduite progressivement, cette majoration ne s'applique plus depuis l'imposition des revenus de 2023.

La loi de finances pour 2025 (article 11) a ensuite abrogé les articles 1649 quater C à 1649 quater O du CGI, qui encadraient l'agrément et les missions des organismes de gestion agréés ainsi que les professionnels de l'expertise comptable conventionnés. Les agréments n'ont plus d'effet depuis le 16 février 2025, et la réduction d'impôt pour frais de comptabilité et d'adhésion (article 199 quater B) disparaît à partir de l'imposition des revenus de 2025. Ces structures peuvent continuer à proposer des services, dont l'examen de conformité fiscale, mais l'adhésion n'apporte plus d'avantage fiscal automatique : vous pouvez tenir votre comptabilité et déposer votre 2035 seul.

Le FEC : si vous tenez vos comptes sur logiciel

Le fichier des écritures comptables (FEC) est un fichier normalisé qui reprend toutes les écritures de l'année. L'article L47 A du LPF prévoit que les contribuables qui tiennent leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés en remettent une copie lorsqu'ils font l'objet d'une vérification de comptabilité. Le BOFiP précise que cela vise notamment les contribuables imposés dans la catégorie des BNC selon un régime réel (BOI-CF-IOR-60-40-10, § 20 et § 50). Le même fichier est demandé sous quinze jours en cas d'examen de comptabilité mené à distance (article L47 AA).

Pour un BNC en comptabilité de caisse, le format est spécifique (article A47 A-1 du LPF, VIII, 7°) : un fichier texte ou XML dont les vingt-deux premières colonnes sont imposées, dans l'ordre. On y trouve le numéro et la date de chaque écriture, le compte, la référence et la date de la pièce, le libellé, le débit ou le crédit, la date de validation, puis quatre informations propres aux BNC : date de règlement, mode de règlement, nature de l'opération et identification du client.

Soyons transparents : Comptart ne produit pas aujourd'hui de fichier au format FEC. Il exporte vos opérations en CSV (date, catégorie et ligne de la 2035, libellé, tiers, montants, part professionnelle, moyen de paiement), votre bilan en PDF, vos justificatifs en archive ZIP et l'ensemble de vos données en JSON. Ces exports contiennent l'essentiel des informations demandées, mais pas dans la structure imposée : en cas de contrôle, il faudrait constituer le FEC à partir du CSV, vous-même ou avec un expert-comptable.

Et Comptart dans tout ça

Comptart a été pensé pour cette routine : vous photographiez le reçu, la date, le montant et le fournisseur sont lus automatiquement, la dépense est rangée sur sa ligne de la 2035, et le tableau de bord affiche recettes et dépenses mois par mois pour faciliter le rapprochement. Le matériel amorti est suivi d'une année sur l'autre, et le bilan reprend les totaux à reporter sur la déclaration. L'outil vous aide à tenir et à préparer ; la vérification des chiffres et la déclaration restent les vôtres.

Autres guides