Frais déductibles de l'artiste-auteur : la liste complète
Au régime de la déclaration contrôlée, votre bénéfice imposable est la différence entre vos recettes encaissées et vos dépenses professionnelles payées. Chaque frais correctement déduit fait donc baisser à la fois votre impôt et vos cotisations sociales, calculées sur ce même bénéfice. Encore faut-il savoir ce qui est déductible, à quelle condition, et sur quelle ligne de la déclaration 2035 le reporter.
Les trois conditions d'une dépense déductible
L'article 93 du Code général des impôts admet en déduction les « dépenses nécessitées par l'exercice de la profession ». En pratique, une dépense est déductible si elle remplit trois conditions :
- Elle est engagée dans l'intérêt de votre activité artistique. Une dépense purement personnelle ne l'est jamais. Une dépense à usage mixte (téléphone, voiture, atelier dans le logement) n'est déductible que pour sa part professionnelle : voir notre guide sur l'usage mixte et l'atelier à domicile.
- Elle est justifiée. Facture, ticket, relevé, note de frais : sans pièce, l'administration peut refuser la déduction lors d'un contrôle.
- Elle a été payée pendant l'année. Sauf option contraire, la 2035 suit une comptabilité de caisse (« recettes encaissées, dépenses payées ») : c'est la date du paiement qui compte, pas celle de la facture. Une facture de décembre 2026 réglée en janvier 2027 se déduit en 2027.
Une quatrième règle s'ajoute pour le matériel durable : au-delà de 500 € hors taxes l'unité, son prix ne se déduit pas d'un coup mais s'amortit sur plusieurs années (voir plus bas).
Matériaux, fournitures et sous-traitance
Toiles, papiers, pigments, encres, argile, émaux, bois, métal, films, tirages de travail, consommables d'impression : tout ce qui entre dans la composition de vos œuvres se déclare en ligne 8 « Achats » (case BA). La notice de la 2035 définit cette ligne comme les fournitures « entrant dans la composition des prestations effectuées », à l'exclusion de tout achat de matériel.
Les travaux confiés à un prestataire pour produire l'œuvre (fonderie, tirages d'exposition, encadrement, découpe) sont eux aussi déductibles. La notice ne précise pas la ligne à utiliser pour ces prestations : Comptart les range avec les achats en ligne 8. Quelle que soit la ligne retenue, le montant déductible est le même ; l'essentiel est de rester constant d'une année à l'autre.
Petit matériel et outillage
Pinceaux, outils, gouges, petit mobilier, disque dur, trépied, lampe : tout bien dont le prix unitaire ne dépasse pas 500 € hors taxes peut être déduit immédiatement en ligne 19 « Petit outillage ». C'est une tolérance de l'administration : vous pouvez aussi choisir de l'amortir. Au-delà de ce seuil, et pour tout véhicule ou agencement quel que soit son prix, la dépense devient une immobilisation : tout est expliqué dans notre guide Amortir son matériel d'artiste.
Atelier : loyer, énergie, entretien
- Loyer et charges locatives de l'atelier : ligne 15 (case BF).
- Location de matériel (four, presse, matériel photo loué) : ligne 16.
- Entretien et réparations du local ou du matériel : ligne 17.
- Électricité, chauffage, eau, gaz : ligne 20.
- Taxe foncière : ligne 13 « Autres impôts », seulement pour la partie de locaux inscrite à votre actif professionnel.
Si l'atelier se trouve dans votre logement, seule la quote-part professionnelle (en général au prorata de la surface) est déductible.
Les peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs qui ne vendent que le produit de leur art sont exonérés de cotisation foncière des entreprises (CFE), tout comme les auteurs d'œuvres littéraires, dramatiques, musicales ou chorégraphiques et les photographes auteurs pour leur activité de prise de vues et de cession de leurs œuvres (article 1460 du CGI, sous conditions). Si vous restez redevable de la CFE, elle se déduit en ligne 12 (case JY). La ligne 16 (location de matériel) a sa propre case BG ; les lignes 17 à 22 sont additionnées en case BH.
Véhicule et frais kilométriques
Pour votre voiture, deux méthodes au choix, à retenir pour toute l'année et pour tous vos véhicules :
- Les frais réels : carburant, entretien, assurance, péages, parking, amortissement du véhicule, pour leur part professionnelle.
- Le barème kilométrique : vous multipliez les kilomètres professionnels par le barème publié pour les salariés. Le barème couvre carburant, assurance, entretien, pneus et amortissement, que vous ne pouvez plus déduire en plus. Péages et stationnement restent déductibles à part. L'option se signale en cochant la case de la ligne 23, et vous devez indiquer votre kilométrage professionnel au cadre 7 de la 2035-B.
Barème applicable aux revenus 2025 (identique depuis les revenus 2022, arrêté du 27 mars 2023) pour les voitures, d désignant la distance professionnelle annuelle :
| Puissance | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d x 0,529 | (d x 0,316) + 1 065 | d x 0,370 |
| 4 CV | d x 0,606 | (d x 0,340) + 1 330 | d x 0,407 |
| 5 CV | d x 0,636 | (d x 0,357) + 1 395 | d x 0,427 |
| 6 CV | d x 0,665 | (d x 0,374) + 1 457 | d x 0,447 |
| 7 CV et plus | d x 0,697 | (d x 0,394) + 1 515 | d x 0,470 |
Pour un véhicule 100 % électrique, le montant est majoré de 20 %. Exemple : 3 000 km professionnels avec une 5 CV donnent 3 000 x 0,636 = 1 908 €. Ces frais vont en ligne 23 « Frais de véhicules ».
Les trajets entre domicile et atelier sont déductibles pour les 40 premiers kilomètres (aller), et au-delà seulement si des circonstances particulières justifient l'éloignement. Le barème est publié chaque année par l'administration : vérifiez celui qui s'applique à l'année que vous déclarez sur impots.gouv.fr avant de remplir votre 2035. Le train, l'avion, le taxi, l'hôtel et les transports en commun vont en ligne 24 « Autres frais de déplacements ».
Repas
Le repas que vous prenez seul, parce que votre lieu de travail est trop éloigné de votre domicile pour y rentrer, n'est déductible que pour son surcoût. On retire la valeur d'un repas pris à la maison et on plafonne la dépense :
- en 2025 : valeur du repas à domicile 5,45 €, dépense jugée excessive au-delà de 21,10 €, soit au plus 15,65 € déductibles par repas ;
- en 2026 : 5,50 € et 21,40 €, soit au plus 15,90 € par repas.
Un déjeuner à 18 € en 2026 permet donc de déduire 12,50 €. Il faut conserver la note. La notice de la 2035 ne précise pas la ligne de ces repas : Comptart les range avec les autres frais de déplacement, en ligne 24. Les repas d'affaires (avec un galeriste, un éditeur, un commissaire d'exposition) sont déductibles en totalité s'ils ne sont pas excessifs, en ligne 26 « Frais de réception, de représentation et de congrès », en notant le nom des invités et l'objet.
Documentation, bureau, téléphone et internet
Livres d'art, catalogues, revues spécialisées, entrées de musées liées à votre recherche, fournitures de bureau, timbres et envois, abonnement téléphonique et internet (part professionnelle), logiciels et abonnements en ligne : tout cela relève de la ligne 27. Un journal d'information générale n'est pas admis, et l'administration refuse la déduction d'ouvrages trop généraux.
Expositions, salons, communication
Frais d'inscription à un salon ou à un concours, location de stand, transport et assurance des œuvres, catalogue, cartons d'invitation, site web, impressions publicitaires : la notice ne leur attribue pas de ligne précise, et Comptart les range en ligne 30 « Autres frais divers de gestion ». Les lignes 26 à 30 sont de toute façon additionnées dans la même case (BM). Le vernissage que vous offrez (boissons, traiteur) relève plutôt de la ligne 26.
Formation
Stages techniques, ateliers, cours de logiciel : déductibles s'ils ont un lien direct avec votre activité ou lui apportent un avantage. Les frais de reconversion vers un autre métier ne le sont pas. Comptart les range en ligne 30 (la ligne 26 « congrès » peut convenir pour un séminaire, les deux étant totalisées en case BM), avec les frais de déplacement et d'hébergement associés en ligne 24.
Honoraires, assurances, cotisations professionnelles
- Honoraires d'un expert-comptable, d'un avocat, d'un graphiste ou d'un photographe indépendant qui travaille pour vous, adhésion à un organisme de gestion agréé : ligne 21.
- Assurances professionnelles (responsabilité civile professionnelle, multirisque atelier, assurance des œuvres) : ligne 22.
- Cotisations syndicales et professionnelles (syndicat d'artistes, association professionnelle) : ligne 29.
- Frais d'actes et de contentieux (dépôt de marque, procédure pour contrefaçon) : ligne 28.
Cotisations sociales et CSG
Les cotisations que vous versez à l'Urssaf du régime des artistes-auteurs (assurance vieillesse, formation professionnelle) et à l'IRCEC (retraite complémentaire RAAP) se déduisent en ligne 25 « Charges sociales personnelles » (case BK), en précisant la part obligatoire en case BT. La CSG suit un régime à part : sur un taux de 9,2 %, la fraction de 6,8 % est déductible en ligne 14 (case BV), tandis que le reste de la CSG et la CRDS (0,5 %) ne se déduisent pas. Si vous déclarez en BNC, vous pouvez obtenir de l'Urssaf une dispense de précompte, afin que vos diffuseurs vous versent vos droits d'auteur sans retenir de cotisations ; si des cotisations ont malgré tout été précomptées, demandez à votre organisme de gestion agréé comment les reporter.
Frais bancaires et financiers
Les intérêts d'un emprunt contracté pour acheter du matériel ou aménager l'atelier se déduisent en ligne 31 « Frais financiers » (case BN). La notice ne cite que les intérêts parmi les frais financiers, sans liste limitative : Comptart y range aussi les frais de tenue du compte professionnel et de terminal de paiement. Le remboursement du capital emprunté, lui, n'est jamais une charge.
Ce qui n'est pas déductible
- Les dépenses personnelles et la part privée des dépenses mixtes.
- Les vêtements portés dans la vie courante (seule une tenue de travail spécifique est admise).
- L'impôt sur le revenu, la taxe d'habitation, la part non déductible de la CSG et la CRDS.
- Les amendes et pénalités, y compris les contraventions de stationnement.
- Le prix d'un matériel de plus de 500 € HT (il s'amortit) et le remboursement du capital d'un emprunt.
- Les frais de repas en dessous de la valeur du repas à domicile ou au-delà du plafond.
- Toute dépense sans justificatif.
Conserver vos justificatifs
L'administration peut contrôler votre déclaration pendant trois ans, mais l'article L102 B du livre des procédures fiscales impose de conserver les pièces justificatives six ans à compter de la dernière opération. Pour un matériel amorti, gardez la facture d'achat tant qu'il figure à votre registre des immobilisations, puis six ans encore. Une photo nette ou un PDF suffit, à condition qu'il soit lisible et retrouvable. C'est l'intérêt de Comptart : chaque reçu photographié reste attaché à sa dépense, classée par catégorie de la 2035, et l'archive de l'année se télécharge en un clic.
Pour reporter ensuite tous ces montants, suivez notre guide de la déclaration 2035 pour les artistes-auteurs, et gardez un œil sur le calendrier fiscal. Si vos frais sont faibles, vérifiez aussi que le réel reste plus intéressant que le micro-BNC.
Sources
- impots.gouv.fr : formulaire et notice 2035-SD (revenus 2025)
- BOFiP BOI-BNC-BASE-40-60-60 : frais généraux, repas, formation, documentation
- BOFiP BOI-BNC-BASE-40-60-30 : petit matériel et outillage de moins de 500 € HT
- BOFiP : barème kilométrique fixé par l'arrêté du 27 mars 2023
- economie.gouv.fr : le barème des frais kilométriques
- Sécurité sociale des artistes-auteurs : taux de cotisations et part déductible de la CSG
- BOFiP : exonération de CFE des artistes-auteurs (article 1460 du CGI)
- Urssaf : cotisations et contributions sociales de l'artiste-auteur
- service-public.fr : délais de conservation des documents (article L102 B du LPF)